Le Projet Chiendents

La seule chose qui démontre la vérité de ce qu’un philosophe affirme, c’est ce qu’il est capable d’en réaliser par tous les actes de sa vie.

 

                                                                  Lanza del Vasto

 

 

(Documents pour les lecteurs)

 Éditorial

 

            Bonjour.

 

Si vous êtes, comme nous, un Terrien lambda, simplement préoccupé du devenir de notre monde, sachez que ces textes ont été conçus pour vous.

Comme nous, vous éprouvez un sentiment de saturation sous le flot des paroles terrifiantes et décourageantes de nombreux spécialistes et des collapsologues, sous les reproches et commandements de l’écologisme officiel, sous les avalanches de mauvaises nouvelles environnementales.

Comme nous, vous ressentez cette sensation d’impuissance devant l’ampleur des dégâts et du travail à accomplir, cette exaspération devant la culpabilisation, cette frustration devant l’immobilité des forces politiques, cette difficulté à accepter un monde plus sobre, à renoncer, si nécessaire, à nos joujoux modernes.

Mais nous avons tous la capacité d’agir, d’accélérer la transition, de la rendre efficace et de transformer notre société pour le meilleur. Changer notre façon de vivre est un problème vital, pas une simple question de mode.

 Qu’est-ce que nous vous proposons ? Primo, de parcourir les témoignages de vie de quelques Chiendents ; secondo, d’échanger sur la philosophie qu’on peut en tirer, avant d’essaimer ; tertio, de conduire les décideurs à sortir d’une forme d’inertie pour qu’ils commencent à préparer la bascule vers une autre ère. Et les y conduire par des actions simples et concrètes.

Pas besoin de sommes colossales, de manifestations géantes, de pétitions mondiales : il suffit d’exprimer cette philosophie de vie puis de convaincre ceux qui détiennent les pouvoirs économiques et politiques, par la force de nos coordinations et, au besoin, par l’arme de la carte d’électeur et celle de la carte bancaire.

Rien de cela ne sera possible sans un engagement collectif, désintéressé, non partisan.

L’écodoc Projet Chiendents est l’outil que nous vous proposons pour agir, pour contribuer à préserver un monde vivable dans un avenir proche.

 

D.M.

 

 

 

  • INTRODUCTION

 

QUELQUES PROBLÈMES ÉCOLOGIQUES

 

 

Cinq exemples -parmi tant d’autres- de désordres environnementaux actuels, pour situer les enjeux.

 

1-La déforestation supprime les puits de carbone, accélère l’érosion des sols, élimine des espèces animales et désertifie la Terre, ce qui n’empêche pas l’homme d’abattre actuellement des quantités industrielles d’arbres. Il s’agit de coupes de défrichement (notamment en Amazonie et en Indonésie), de coupes d’exploitation à blanc* [il faut minimum 50 ans pour qu’un pin douglas soit exploitable : l’abatteuse John Deere met 15 secondes à 3 minutes pour le transformer en grume et peut abattre 300 à 350 arbres par jour !].

La forêt boréale canadienne est le plus gros puits de carbone de la planète mais elle cache sous ses racines170 millions de barils de pétrole estimés, dans ses sables bitumineux : de quel poids seront les considérations écologiques ? Au Canada, en quarante ans, cette industrie a pratiquement consommé 140 000 km2 de forêt, à comparer avec la superficie de l’Angleterre, soit 130 395 km2. Légalement, les sols doivent être restaurés après exploitation ; aujourd’hui, ils ne sont régénérés que dans les textes !

*Je mets de côté les coupes raisonnées, écologiquement neutres.

 

2-La contamination, principalement imputable à l’homme, menace humains, animaux, végétaux. Les contaminations non naturelles sont l’effet du commerce mondial et d’acclimatations hasardeuses. Par exemple, les ballasts et cales de bateaux sont des nids à virus, bacilles, champignons…

Dans le style introduction calamiteuse, voici la spongieuse (bombyx disparate) un joli papillon introduit aux USA en 1869 par un Français, M.Trouvelot ; les chenilles ont ravagé, depuis 1926, 36 millions d’hectares et provoquent à la forêt Canadienne une perte annuelle de 70 à 180 millions d’euros.

 

3-L’étalement urbain élimine les terres arables disponibles, ainsi que la faune et la flore autochtones. Nous nous retrouvons devant l’équation de – en – de terres cultivables (ou de forêts, cf le Brésil) pour de + en + d’humains. Bien que ce problème soit exposé depuis des décennies, quasiment aucun pays n’a infléchi sa politique d’expansion urbaine, au contraire.

Voici quelques exemples qui donnent à réfléchir sur notre modération en termes de consommation des terres.

*France : entre 1982 et 2011, l’espace urbain a grignoté 35 000 km2, soit l’équivalent de sept départements.

*Trois mégaconurbations, c’est à dire des espaces où l’urbanisation mange tout, où la nature n’est plus que lambeaux en sursis

                                         }USA, entre Boston et Washington, 800 kms (Boswash)

                                         }Japon, entre Fukuoka et Tokyo, 1000 kms (Corridor du Tokaido)

                                         }Chine, entre Hangzou et Shenyang, 1800 kms en 2030 (prévision de la NASA).

 

4-La destruction des paysages, par l’urbanisation : pour édifier bâtiments et réseaux routiers il faut trancher dans les collines, faire surgir dans des vallons ponts ou immeubles. Hormis quelques lieux classés (et encore) aucun endroit n’est à l’abri de cette calamité. Aujourd’hui, hormis des lieux hautement symboliques, le paysage est le grand oublié de l’aménagement moderne, comme si la beauté n’était qu’un détail dans la psyché humaine.

Un exemple de démesure dans le mépris du paysage : à Baidaoping (80 kms de Lanzhou en Chine) on a arasé 700 collines (1300 km2) pour l’urbanisation, la Chine ayant décidé de peupler au forceps ses provinces éloignées.

 

5-L’empoisonnement des eaux et des sols est un problème majeur que nous allons léguer à nos descendants. Beaucoup de substances toxiques sont enfouies et vont attendre patiemment le jour de la fuite, vers des nappes phréatiques par exemple. Chaque dépôt, contrôlé ou sauvage, est une mine posée sous les pas de nos enfants et petits-enfants. Et ne parlons pas des montagnes de plastiques mondialisées qui, une fois arrivés à la taille de nanoparticules, pourraient infester n’importe quel organisme.

Un exemple sur le chapitre des sols : aujourd’hui la majorité des déchets amiantés sont mis en décharge*. Sur le chapitre de l’eau, regardez la vidéo diffusée par Le Monde, 3’36 édifiantes. [https://www.lemonde.fr/contaminations/video/2018/09/04/contaminations-au-bresil-la-catastrophe-du-rio-doce-a-brise-des-vies-a-tout-jamais_5350095_5347501.html].

 

 En fait, les problèmes environnementaux sont interdépendants et les traiter au coup par coup, ou juste en raison d’une catastrophe, est insuffisant. Mais le problème majeur, celui sur lequel nous aurons de moins en moins de prise, reste le dérèglement climatique pour lequel l’effet domino joue à plein, une conséquence en entraînant une autre.

 

*Ceci dit, les sociétés Neutramiente et Valame vont peut-être fournir une solution à la fois économique et vertueuse.

 

 

 

2)PRÉSENTATION

 

A composer.

 

 

 

 

 

 

 

 

3)TABLE DES MATIÈRES

 

1)Paysannerie et agriculture productrice de nourriture et d’énergie

 

2)Dévoration des terres arables

 

3)L’action des jeunes

 

4)Gérer nos déplacements

 

5)Mutations commerciales et industrielles

 

6)Environnement et inégalités sociales

 

7)Quelles énergies ?

 

8)Parlons tourisme

 

9)Transmettre le respect et l’amour de la Nature

 

10)Sobriété et végétarisme

 

11)Circularité et déchets

 

12)Une société et une économie décarbonées

 

CONCLUSION

 

Sens du monde actuel ; finir sur la question tabou : le but de l’humanité est-il de s’enrichir matériellement à l’infini, au mépris des espèces vivantes qui partagent notre monde, au mépris de l’avenir des Terriens ? Ce but est-il d’artificialiser la planète pour que nous vivions dans une sorte de Center Park Mondial ? Devons-nous continuer à nous soumettre aux dogmes de la vitesse, du PIB, de la croissance

4)TÉMOIGNAGES

 

 

Daniel MATHIEU, 69 ans, romancier, pêcheur, escaladeur.

 

Comme la plupart des jeunes de ma génération, j’aurais pu mener une vie insouciante : à l’époque, c’était le plein emploi, les moeurs libérées et la société de consommation triomphante. Mais je n’ai jamais été complètement insouciant et dès mes dix-neuf ans, en même temps que j’entrais à la fac, je me suis mis à défendre les droits d’une nature que je sentais menacée.

Cette conscience écologique m’est venue d’un goût pour les eaux libres et la forêt. A neuf ans, je pêchais des journées entières sur les rives de la Loire : peu de poisons mais un ravissement permanent. Puis, pendant des années, ce furent des pique-nique dominicaux au bord du Loup ou de la Brague (06), où je m’enivrais de l’odeur des peupliers, fasciné par les éclats des poisons dans l’eau vert-bleu.

A dix-sept ans j’arpentais les montagnes et les torrents à Saint-André les Alpes (04) et un jour j’ai éprouvé un choc terrible : équipé de cuissardes, je traversais un bois pour rejoindre les berges de l’Issole, un affluent du Verdon, à un endroit où il fallait entrer dans l’eau pour commencer à pêcher. En quelques secondes j’ai réalisé l’étendue du désastre : des truites mortes, partout, de toutes les tailles. Quelques unes, encore colorées, étaient en train d’agoniser le ventre en l’air. Sur une centaine de mètres, le même spectacle. Je me souviens d’avoir pleuré et de ne plus avoir touché mes cannes un certain temps.

Il s’agissait d’un empoisonnement par une petite usine qui nettoyait des coquilles d’escargot, après la fuite d’un produit de nettoyage.

Je pense que ce jour-là a été pour moi un point de bascule ; aujourd’hui encore, dans mon esprit, mon amour pour la nature est indissociable du sentiment de sa précarité.

Mon parcours de militant a été semé d’éclipses (dues au découragement), de beaucoup de déceptions et de quelques joies, collectives évidemment. Malgré tout, aujourd’hui la donne a changé. Certes, la situation est bien plus préoccupante que dans les années 70, mais des éléments positifs sont apparus, notamment dans la dernière décennie : les problèmes et leurs éventuelles solutions sont bien plus relayés dans les medias, la population est globalement plus sensible aux désordres environnementaux, une génération s’est levée pour défendre la planète, des chefs d’entreprise s’investissent sans arrière-pensées dans la transition…

Ce sont ces changements qui m’ont amené à écrire L’écologie décomplexée, puis à créer les Chiendents, en fait à sortir d’une forme de train-train militant : manifestations, marches, chaînes humaines, pétitions, toujours utiles mais parfois suremployées.

En 2021, à côté de mon soutien à des associations locales, j’apporte toute mon énergie à notre projet, en essayant de me tenir à des objectifs simples… Relier des gens très divers avec l’idée que l’écologisme n’appartient pas qu’aux écologistes ; privilégier le contact avec les groupes et associations de jeunes militants, auxquels nous devons accorder la première ligne dans le combat pour la transition ; convaincre assez de citoyens pour que nous devenions une force mentale, capable de transmettre les valeurs de la transition et de contribuer à faire agir les décideurs.

Chacun de nous, à son échelle, peut apporter sa contribution à l’aboutissement d’une vraie mutation. La première chose importante c’est de se mettre en mouvement, de rompre la spirale déprimante d’un monde subi.

La deuxième c’est d’entrer en contact avec ceux qui agissent déjà (les Chiendents  pouvent vous accompagner dans cette phase).

La troisième c’est que nous soyons toujours plus de Terriαns*; et j’ai une pensée particulière pour ceux de ma génération qui ne peuvent trouver plus noble cause que d’épauler les jeunes militants, qu’ils soient Youth For Climate, Together for Earth…

Même si elle est archiconnue, je fais mienne la citation de Guillaume d’Orange :” Il n’est pas necessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.”

 

*Terriens qui αiment la Terre, un mot que j’utilise pour éviter écologistes que je trouve usé comme une vieille semelle.