
Voilà un moment que je voulais écrire mon histoire d’eau, histoire de contredire ceux qui croient que les robinets couleront à plein tube jusqu’à la Saint-Glinglin.
Le Colorado est le plus grand fleuve du sud-ouest des USA : le changement climatique et la surexploitation humaine sont en train de le réduire d’une façon inouïe.
J’ai retrouvé dans le magnifique livre d’Aldo Léopold, Almanach d’un comté de sable, ce passage, à propos du Colorado : « …le fleuve était partout et nulle part car il n’arrivait pas à décider, parmi les centaines de lagons verts, lequel offrait la route la plus agréable et la plus paresseuse jusqu’au golfe.*» On était en 1922, Léopold explorait en canoë, avec son frère, le delta, réduit aujourd’hui à un désert stérile.
Plus en amont, le lac Mead, réservoir du barrage Hoover, a été déclaré en pénurie, cet été 2021 et, depuis 11 ans, ne parvient plus à retrouver un niveau correct.
Était-il raisonnable de laisser se développer, sur le parcours du Colorado, deux villes qui siphonnent ses eaux ? Las Vegas, 250 000 habitants en 1950, près de 650 000 de nos jours (près de 2 millions dans l’agglomération). Et surtout Phoenix -connue pour ses parcours de golf !!- 106 818 habitants en 1950, 1 608 139 à ce jour (4 845 832 pour l’agglomération).
De la même façon que nous serons amenés à changer notre relation au vivant, nous devrons sans doute revoir notre rapport avec l’eau, sous ses formes libres.
*Golfe de Californie
